Jeudi 10 novembre 2011 4 10 /11 /Nov /2011 18:22

 

Comme ce billet sera très long, une note de légèreté pour commencer, trois, quatre :

 

 

 

Les bourgeois c'est comme les cochons

Plus ça devient vieux, plus ça devient bête

Les bougeois c'est comme les cochons

Plus ça devient vieux plus ça devient...

 

 

 

 

Qu'on soit en ZEP aide parfois à bénéficier de certaines activités, comme ce cycle de golf, tous les jeudis matins, à l'autre bout de la ville. Les scolaires sont en demi-groupes. Un moniteur se charge des aspects techniques de la discipline, en entraînant une douzaine d'élèves au practice, pendant que je me charge de l'aspect relou les faire jouer l'un des trous du parcours, bloqué et réservé pour l'occasion à notre seul usage.

 

Toutefois, comme je tente d'inculquer de bonnes valeurs à mes ouailles, nous avons pris l'habitude de pister le départ du trou (puisque, compte tenu de la longueur impressionnante des parcours, nous nous plaçons en principe à mi-chemin) et d'indiquer aux golfeurs désireux de jouer ce trou que nous pouvons nous pousser. Sauf que.

 

 

Super Connard, on nous l'avait pas dit, mais il a pris sa carte de membre !

 

Mes élèves étaient tranquilles en train de compter leurs coups sur le parcours de quatre drapeaux que j'avais préparé quand soudain, je me retourne et vois derrière moi un quinquagénaire attendre. Dès qu'il voit que je le regarde, il se met à mouliner des bras tellement fort que j'ai eu peur qu'il se blesse, le tout assorti d'une mine visiblement mécontente (euphémisme). Comme on nous a appris à ne pas crier sur le parcours mais que je me trouve à une trentaine de mètre de lui, je m'avance en sa direction et remarque que ses bougonnements prennent de l'ampleur.

 

"Bonjour, il y a quelque chose qui ne va pas ? Je peux vous aider ?"

 

Et là, envol de connard :

"Je veux savoir qui vous êtes et ce que vous faites sur mon parcours, je veux jouer, j'ai payé !

- Je suis une personne à qui vous pouvez parler aimablement, Monsieur.

- Je parle comme je veux, j'ai payé, je suis sur mon golf, et vous m'empêchez de jouer !"

 

J'ai ouvert la bouche pour tenter de lui expliquer que l'on n'était pas rentrés à dos de ragondin, remontant le ruisseau, mais qu'on avait aussi payé pour être là, que ce trou était réservé à notre usage, mais qu'on laissait habituellement jouer ceux qui étaient aimables, et que sa cotisation n'inclut certainement pas le droit de parler aux gens qu'ils croise comme ça.

(Mais certains types de bourgeois, quand ils croisent le petit bigarré des cités, hélas, subissent un court-circuit dans la cervelle qui les laissent croire qu'ils ont le droit de devenir méprisant).

 

J'allais donc répondre et j'ai dû initier une ou deux syllabes quand, devant ma douzaine de mioches toujours spectatrice et déjà plutôt choquée de ce qu'elle venait d'entendre, Super Connard m'a coupé le sifflet d'un magistral :

- Je m'en fous de ce que vous avez à dire. Je vous emmerde, Madame.

 

J'ai eu droit à un autre nom d'oiseau peu après alors que je n'avais fait que pontuer sa sublime répartie d'un "Ah ben bravo !", suivi d'un avertissement comme quoi il n'en resterait pas là, qu'il avait payé.

 

Mais, pédagogue jusqu'au bout, sous l'oeil amusé d'un autre golfeur passant par là, j'ai montré à mes élèves comment, dans la vie, ne pas se faire marcher sur les pieds tout en restant digne et sans recourir à la violence. C'est donc en portant la voix assez fort pour que Super Connard s'éloignant puisse bien entendre que j'ai conclu :

 

« Vous voyez les enfants, à quoi ça sert les valeurs que je vous apprends. A ne jamais devenir comme ce Monsieur. Par pitié, en grandissant, ne devenez jamais ça, ne devenez jamais un bourgeois méprisant, irrespectueux et trop aigri ! ».

 

J'avais un peu beaucoup les nerfs.

Mais on a repris le jeu.

 

Les enfants ont été très choqués par cette histoire.

 

Nathan a demandé : "C'est quoi aigri ? C'est un gros mot ?"

 

Samia a insisté par trois fois : « Mais tu vas le dire au moniteur, hein, tu vas le dire qu'il a été trop méchant le Monsieur... »

 

Et Amir riait mais pas trop non plus en disant « S'il revient, je lui dit qu'il a pas intérêt à reparler comme ça à la maîtresse, hein... »

 

Morale de cette histoire :

Les sauvageons ne sont pas toujours ceux que l'on croit !


 

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Par Psychou - Publié dans : Maîtresse Princesse - Communauté : La salle des maître(sse)s
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