Jeudi 27 novembre 2008 4 27 /11 /Nov /2008 22:34

 

 

Pourquoi une maîtresse, c'est moche ?

 

 


7h01, mois de décemb... novembre,

Bordeaux.


La porte d'entrée te dégueule dans la rue. Schplash, tu sors de chez toi telle une tornade. Il fait encore nuit, et tu es belle comme le jour. Fraîche comme la rosée du matin, souriante, tu trottines gaiement sur le trottoir. Une nettoyage de peau désincrustant matifiant, une crème hydratante matifiante, un anti-cernes matifiant, un trait de crayon noir, des cils au mascara, des grosses boucles d'oreilles qui font bling-bling pour que les gamins te disent que tu es trop belle.

 

Oh oui, tu incarnes la princesse urbaine dans toute sa splendeur.

Elle a un peu la gueule dans le cul, la princesse urbaine, mais soit. Elle est la reine de sa rue, facile.


Alors le problème, quel est-il ?


Et bien le problème, ma pauvre dame, c'est qu'y a plus de saisons ! Ils nous ont mis un mois de novembre, mais je vous dis pas ! J'vais écrire à Catherine Laborde, faut qu'elle fasse un truc, ça peut plus durer !

 

Parce que, avant de te faire cracher sur le trottoir par la porte d'entrée inflexible, tu as dû enfiler la tenue de combat : deux pulls, une veste, un gros manteau en laine, un foulard, une écharpe, des gants, des mitaines, un bonnet. Le bonhomme Michelin, il pleure de jalousie quand il te croise en ce moment. Tu mets même un soutif, histoire de faire une épaisseur en plus pour conserver la chaleur. T'en es même à troquer tes rêves fous de pulls Desigual et de chemisiers Cop-Copine contre des envies de Damart.


A ce stade, fraîchement dégueulée sur le trottoir, il faut réagir immédiatement. Zéro temps de pause, sinon tu restes figée, les semelles des bottines collées au pavé. Alors, tu marches, marches, et marches encore, songeant que si tu cesses ne serait-ce qu'une seconde tu connaîtras le même sort que Léo quand il a lâché son bout de bois flottant sur l'eau à la fin du film.

 

Tu arrives à l'arrêt de bus, cette petite promenade matinale était vivifiante : tes cheveux transpirent sous ton bonnet. Si t'as du bol, le bus arrive assez vite. Sinon t'es bonne pour surgeler sur place encore une petite dizaine de minutes.

 

Tu montes dans le bus, chauffage à fond les gamelles, chauffeur en chemise hawaïenne. Tu fais l'oignon : tu enlèves une nouvelle épaisseur à chaque feu rouge. Avant de finir à poil tu réalises le temps fou que tu vas mettre à devoir tout remettre, alors tu renfiles, si possible dans le bon ordre. Il est 7h17 et ton lissage de cheveux a déjà connu deux aller-retours de pulls et les dommages collatéraux de l'électricité statique associés. Et ton bonnet est de traviole.


Le bus te jette devant la gare.

Froid.

Tu cours à l'intérieur.

Chaud.

Tu checkes le tableau d'info, et files sur ton quai.

Froid.

Tu montes dans le train.

Chaud.

 

Quarante minutes de trajet. Tu enlèves tes douze épaisseurs, t'as les cheveux dressés sur la tête à cause de cette connasse d'électricité statique. Tu te regardes dans le miroir du compartiment et te trouves un air de famille avec Coluche. A cinq minutes de la gare d'arrivée, tu renfiles tout. Tu décides de ne pas quitter ton bonnet de la journée.


Tu sors du train. Dix minutes à pieds te séprent de l'école. Le froid te pousse tellement aux fesses que tu les fais en 6 minutes 32, record européen.

 

Tu arrives à l'école, tu dois enlever tes gants et choper les clés dans ton sac pour ouvrir le petit portail. Deux de tes doigts tombent.

 

Tu gagnes enfin la salle des maîtres et il te reste 3 minutes 12 pour faire 5 séries de photocopies recto-verso. T'enlèves ton manteau, ta veste et ton pull d'un coup, tu manques de t'étrangler en voulant virer ton écharpe au plus vite. Bourrage papier. Salope de photocopieuse. Tu fous ta tête dans le ventre de la bête, tu bous...


La cloche sonne. Tu vas chercher les mioches.

T'as perdu ton échpare en chemin et tu te chopes la troisième pneumonie de la semaine. Ton bonnet a tellement tourné que t'as l'étiquette qui tombe entre les yeux. T'as tellement oscillé entre chaud et froid que ton visage est plus rouge que celui d'une poupée russe...

 

Tu ramasses tes 25 fauves, vite, vite, vite, on se caille là, hop, vous montez les escaliers, hop, tu ouvres la classe.


Il est 8h35,

Tu ressembles déjà plus à rien.

 

Bonne journée.

 

 

 

Par Psychou - Publié dans : Princesse Urbaine
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